|
LES INROCKUPTIBLES
(FRANCE)
JULY 2002
Piano
Magic
Writers Without Homes (4AD)
****
Jean-Bernard
André
|
Entre chaque album de son Piano Magic, Glen Johnson vide ses samplers
et les gens de son groupe, pour resurgir six mois plus tard en apportant
du neuf avec lui. On l'avait laissé le temps d'une BO de film, un
coup d'essai pour le label 4AD dont il a depuis totalement embrassé
l'esthétique ancienne, de Dead Can Dance à This Mortal Coil. Comme
chez ces derniers, le compositeur Glen Johnson s'efface et laisse
ses mots dans la bouche des autres, utilisant des procédés étranges
pour faire briller sa brochette d'invités. On retrouve ainsi, déstabilisés,
le chanteur de Tram, celui de Tarwater (Ronald Lippok) ou John Grant
des Czars, auquel il confie le seul réel moment de détente du disque,
huit minutes de blues urbain noyé sous la pluie. Avec les nouveaux
venus, Glen Johnson déploie le tapis rouge. Charlotte Marionneau,
pendant franais de la Martina de Tricky, fume ses cigarettes devant
un tombeau de lucioles synthétiques, et puis Suzy Mangion appara”t.
Tremblant, passionné et distant tout à la fois, son mince filet
de voix irradie le parterre de xylophones et d'arpèges de guitares
quâon déploie pour elle. Pour cet album, on verrait bien Glen Johnson
enfiler le costume de Dickens. Pas seulement à cause de l'étrange
romantisme fin de siècle qui souffle à travers son disque, mais
parce qu'il semble recueillir une trace de tous les hivers. Passés,
présents et futurs : tous se serrent dans les coins dâun disque
déjà rempli par les sons, les idées et les chansons. Une profusion
d'éléments qui fait de Writers without Home le pendant rock du Massive
Attack de Mezzanine, une nouvelle variété de trip sans le hop qui
va avec.
|